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Interview de Francis Huster

Francis Huster sera sur la scène de l’Atrium le 5 juin prochain avec Traversée de Paris d’après la nouvelle de Marcel Aymé, dont il a signé l’adaptation et la mise en scène. Interview.


On a tous à l’esprit la version cinématographique de Claude Autant-Lara avec Gabin et Bourvil. En quoi votre interprétation est-elle différente ?
En fait, en 1942, au moment où Pétain sort ses lois raciales, impose le port de l’étoile jaune, un seul homme se dresse contre le système, c’est Marcel Aymé. Il écrit le jour même un article contre Pétain qui ne sera pas publié ; mais les ouvriers du livre communistes l’impriment sous la main. A la fin de la guerre, Marcel Aymé, ami de Céline, subit un amalgame et est accusé de collaboration. Or, c’est totalement faux.

Pour quelles raisons souhaitiez-vous rendre justice à Marcel Aymé ?
Marcel Aymé était à la fois écrivain, auteur de nouvelles et dramaturge. Comme Simenon, il a écrit des dialogues de la vie qui ont été adaptés au cinéma. Dans les années 50, deux de ses romans écrits en 42 et publiés en 45, Le chemin des écoliers et Traversée de Paris sont portés à l’écran. La Traversée de Paris interprété par Bourvil et Gabin connaît le succès, mais le film ne respecte pas la nouvelle. Les scénaristes la modifient, changent le sens politique et en font une comédie cruelle. Marcel Aymé, qui avait fait des dialogues d’une cruauté et d’une dureté incroyables, était fou de rage. Il était un Juste de la littérature.

Pensez-vous qu’à cette époque, la France n’était pas prête à revenir sur les années noires de la guerre ?
C’est tout à fait ça. Il a fallu du courage pour que les gens acceptent ce que quelques-uns avaient osé dire. Il est temps aujourd’hui de dire la vérité.

Après La Peste, vous êtes à nouveau seul sur scène. Pourquoi ?
En 1989, j’ai fait la Peste tout seul sur scène. Jean-Louis Barrot m’avait demandé d’adapter le texte de Marcel Aymé. Il a fallu attendre que les droits du cinéma (50 ans) soient libres pour reprendre la nouvelle. C’est enfin le vrai texte que j’ai adapté. Pour la forme, c’est celle que Jean-Louis Barrot m’avait conseillé. Il avait compris qu’il fallait inventer une nouvelle forme de spectacle, le one man show racontant la vraie vie, le vrai quotidien, la vérité humaine de l’acteur qui vit le texte. La Peste était un coup d’essai.

Combien de personnages interprétez-vous ?
Je suis seul et j’interprète tous les rôles. Je fais 13 personnages dont une petite fille et une juive qui finit dans les camps, mais je ne prends pas leurs voix. Ce n’est pas de la caricature.

Pourquoi faites-vous un prologue avant le spectacle ?
Je m’adresse d’abord au public dans la salle (prologue d’environ 40 minutes). Marcel Aymé a produit un message moderne, bouleversant et vrai et je voulais le dire. Puis s’enchaîne le spectacle pendant une heure vingt.

Allez-vous tourner avec Traversée de Paris ?
Ça été un triomphe à Paris aux Bouffes Parisiens et je vais prochainement faire 100 villes en tournée. Après Pagnol (tournée avec César, Fanny, Marius), repasser par la Traversée de Paris pour m’humaniser et porter la parole de Marcel Aymé, c’est un honneur.

Crédit photo : Cosimo

 

 

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